Partie 6

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A mon réveil, je ne me rappelais plus de rien. Je me suis retrouvée dans ma chambre, ma mère pleurant à mon chevet. Et puis je me suis rappelé, le coup de fils, les sanglots, ALI ! J’essaye de me lever, mais je n’avais plus de force, je me retourne vers ma mère « Maman qu'est ce qui se passe? » mais elle fuit mon regard, je savais que ce n’étais pas un cauchemar. Ali n’est plus ! 
Je n’ai pu verser aucune larme ce jour, certains disaient que c’était le choque, d’autres disaient que c’était le déni, mais moi je le sentais, Mon amour était mort, et je n’arrivais pas à pleurer son départ.

On m’a dit qu’il avait glissé dans les escaliers, et j’en ai tellement ris ! Je l’ai imaginé, se réveillant ce matin, jetant un coup d’œil sur au miroir, songeant à se raser, puis souriant en se rappelant quand je lui disais que je ne l’aimais que pour sa barbe. Prenant une douche, en utilisant mon shampoing, parce qu’il avait encore une fois oublié d’acheter le sien.

Ça lui rappelle mon odeur, cela lui rappelle combien je lui manque. Je l’ai imaginé mangeant ses céréales devant la télé, comme un enfant de 5 ans. J’en riais chaque matin, mais je l’aimais pour ça aussi. Puis je l’ai imaginé portant ses chaussures, fermant la porte et descendant les escaliers, une marche, deux marches, trois marches, et puis plus rien. C’est comme s’il n’avait jamais existé. L’ironie du sort me faisait rire de plus belle. En ratant une petite marche, il se retrouve tête écrabouillée, avec une hémorragie interne, et puis plus rien. C’était drôle !
Ali aimait beaucoup le Maroc, ses parents le savaient, c’est pour ça qu’ils ont décidé de l’enterrer ici, à Essaouira, sa ville natale. Des fois, après m’avoir fait l’amour, il me disait que quand on allait vieillir, on rentrerait à Essaouira pour vivre au bord de la mère, et qu’on allait recevoir nos petits enfants durant l’été, et qu’il me ferait encore l’amour comme cette nuit. J’en riais tellement. J’en souris maintenant.
Son corps fut enterré le 17 Juin 2011. Je n’ai pu voir que son cercueil, et je n’avais toujours pas pleuré sa mort. Je portais du blanc ; 21 ans, je me considérais veuve.


Avec mes parents, nous nous sommes installés chez lui, là où il avait grandi. Je passais ma journée dans sa chambre d’enfant, à découvrir ses jouets, ses bouquins, ses draps, à sentir son odeur dans ses peluches, à m’imaginais dans ses bras. Je ne mangeais plus, je ne buvais plus. Je ne pensais qu’à lui.
Le troisième jour après son enterrement, on se rend au cimetière pour visiter sa tombe. Je n’avais encore pas pleuré. Je me suis mise devant lui, j’ai imaginé son corps, sans âme, gisant sous cette terre. J’ai senti son odeur encore fraîche, j’ai pensé à ses câlins, et pendant une seconde j’ai cru le voir devant moi. 
Je ne me rappelle plus des semaines qui suivirent, j’avais perdu la notion du temps. Je ne savais plus comment vivre sans mon amour qui manquait tellement. Je me sentais seule, et ne voyais plus aucun intérêt de vivre encore. Il m’arrivait de songer au suicide, mais Ali n’aurait jamais accepté. Et puis je pensais aussi à mes parents, ce qu’ils ressentiraient je mourrais. Je ne leurs voulais aucune souffrance. 

Farah livreuse de pizzaLisez cette histoire GRATUITEMENT !