Isolé

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Isolé
© Rose P. Katell
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Laura ouvrit la trappe menant au grenier grâce à la canne télescopique posée contre le mur, puis tira sur l'escalier escamotable jusqu'à ce qu'il touche le vieux parquet foncé du corridor.

L'heure de se mettre au travail était arrivée ; elle n'y échapperait pas, peu importait son chagrin ou l'impression de profaner les lieux qui la tenaillait.

L'aspect bancal et précaire des fines marches dévoilées, ainsi que la raideur de l'ascension qui l'attendait, lui arrachèrent une grimace – elle comprenait mieux pourquoi sa mère, dont les chevilles étaient fragiles, lui avait demandé de trier les combles pendant qu'elle-même s'occupait du rez-de-chaussée –, mais elle ne recula pas.

Dans un soupir résigné, Laura grimpa.

Une étroite lucarne lui permit de ne pas se retrouver dans le noir... et de distinguer l'ampleur de la tâche à venir ; il y avait des cartons, des meubles et divers objets étalés partout, tout répertorier prendrait une éternité ! Hélas, la pénombre dominait l'ensemble, et Laura devina qu'une seconde source de lumière lui serait nécessaire.

Elle sortit son téléphone de la poche arrière de son jean, enclencha la fonction lampe torche. Un sourire timide fleurit sur ses lèvres alors qu'elle balayait la mansarde à l'aide du faisceau lumineux ; le reste de la demeure de son arrière-grand-mère était tant propret et épuré qu'elle ne l'aurait pas imaginée si conservatrice.

Laura porta une main à son cœur douloureux. Son aïeule allait tellement lui manquer. Sa force de caractère, son rire, son langage parfois désuet, leurs « moments pâtisserie »... Tout s'en était allé avec elle. Admettre son décès était si difficile ! Elle avait beau être adulte et savoir que rien n'était éternel, elle peinait à y croire. Son inconscient s'était-il persuadé qu'avoir franchi le cap des cent ans avait rendu la vieille femme immortelle ?

Laura s'agenouilla dans la poussière et attira un premier carton à elle. Celui-ci contenait plusieurs boîtes, chacune remplie de bijoux passés de mode. Elle en détailla quatre ou cinq. Puis, comme son arrière-grand-mère avait depuis toujours l'habitude de ranger ses perles et son or dans sa chambre, elle en déduisit qu'ils n'avaient pas de valeur.

Sa mère désirerait soit les vendre, soit les donner.

Elle grinça des dents. Se débarrasser des affaires de son ancêtre lui déplaisait – à ses yeux, ça revenait à effacer son vécu. Pourtant, les consignes reçues étaient claires. Il lui fallait séparer les choses précieuses et sentimentales, à conserver, des autres. La maison devait être cédée, sa famille n'avait pas les moyens de l'entretenir.

Laura s'obligea à ne pas trop cogiter. Durant un temps indéterminable, elle se contenta de répertorier ce qu'elle attrapait, presque en mode automatique.

Toutefois, lorsqu'elle tomba sur une caisse en fer pleine de photographies, elle fut incapable de ne pas s'arrêter pour les contempler. Elle agrippa le tas qu'elles formaient et les fit défiler.

Beaucoup étaient en noir et blanc, mais toutes représentaient des parents proches. Sur celle-ci, son grand-père enfant ; sur celle-là, sa mère bébé. Certaines montraient des jours spéciaux, mariages ou baptêmes, tandis que d'autres, au contraire, témoignaient d'instants de vie fugaces : un rire saisi à la dérobée, une bêtise mise en scène, une complicité renforcée...

IsoléLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant