Quelle police de caractère choisir?

1.5K 8 6

Lorsque vous réaliserez la mise en page de votre livre, la police de caractère sera le choix le plus important, puisque les livres de fiction sont généralement constitués d’une seule police, et que celle-ci influence de manière marquante la lisibilité.

Heureusement, la plupart des monteurs utilisent des choix assez conservateurs. J’ai malgré tout déjà vu un livre (autopublié) monté en arial. Pire, j’ai vu toute une collection montée en comic sans, une fonte clownesque de qualité discutable. Que ce soit une collection de livres pour enfants n’excuse rien; les enfants ne sont pas des sous-humains. Ils méritent, comme les adultes, des livres montés avec une fonte lisible et dessinée avec soins.

Il est généralement admis que les fontes (ce terme est parfaitement français, en passant) avec sérifs sont plus lisibles que les fontes sans sérifs. La différence n’est pas toujours énorme et cela peut grandement varier d’une fonte à l’autre, mais lorsqu’il s’agit, comme ici, de présenter un très long texte, destiné à être lu en entier (contrairement à un ouvrage technique, par exemple) et pour le plaisir, cette différence est déterminante.

Il est important que la police choisie s’efface devant le texte. Toute tentative de faire du style à ce moment est une tentative d’usurpation du rôle de l’auteur et de son histoire, et c’est la marque d’un amateur.

Il faut aussi savoir que les polices à sérifs ne sont pas toutes nées égales. Les didones, par exemple (didot, bodoni) ont été abandonnées par l’usage dans le texte courant, car elles donnent un aspect hachuré fort désagréable et distrayant sur une page.

D’autre polices ont été dessinées pour l’usage des journaux, où concentrer le plus de texte possible est capital (le times et ses variantes en sont l’illustration la plus courante). Bien qu’elles puissent présenter quelques avantages pour un éditeur (moins de papier) ou pour un monteur (leur chasse étroite minimise les problèmes liés à la justification), elles ont tendance à produire des blocs gris très compacts qui rendent la lecture plus difficile.

La police des fontes

D’abord, dit-on «fonte» ou «police»? On dit les deux.

À cause de l’intrusion bien heureuse des traitements de textes dans nos vies, ces deux termes sont devenus interchangeable dans l’usage courant. Je vais vous donner de petites nouvelles: monter un livre, ce n’est pas de l’usage courant.

Une fonte est un ensemble de caractères partageant certaines caractéristiques et detinées à être utilisés ensemble. Garamond est une fonte, Garamond italique en est une autre.

Une police est un ensemble de fontes (ou même une fonte toute seule, ça arrive même aux meilleurs) destinées à être utilisées ensemble, et qui diffèrent par certaines caractéristiques (chasse, graisse, inclinaison, etc.) Garamond, Garamond italique et Garamond gras forment ensemble une police de caractères.

Pour que ce soit dit, le terme «fonte» vient du français «fonte» (c'est peut-être trop évident), et date du temps de l’imprimerie à caractères de plomb. L’imprimerie anglaise a repris le terme en lui retranchant un «e», puis l’informatique nous l’a refourgué.

Dans le cadre de ce livre, on parlera de préférence de police, parce qu’un livre de fiction exige à peu près toujours un italique.

Avec ou sans pattes?

Dans le cadre d’un livre de fiction, on utilise toujours une police avec empattement (comme Garamond) plutôt qu’une police sans empattement (Helvetica, disons). C’est une question d’usage. Ça ne signifie pas que c’est une question sans importance. L’usage est sans doute la plus importante considération à garder à l’esprit.

Mise en pages d'un romanLisez cette histoire GRATUITEMENT !