Chapitre 10 : Le Languori

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– Tu sais que la peur va te tuer ?

Lisa tressaillit, tournant sa tête vers la voix, sans répondre. Son esprit commençait à admettre de s'appeler elle-même Selyenda même si elle tentait, aussi souvent qu'elle le pouvait, de se rappeler qu'elle était Lisa Beaufort, née à Paris, sur Terre, dix-sept ans auparavant. Malgré tous ses efforts, la chose devenait toujours plus difficile ; ces deux dernières semaines avaient donné de terribles coups de boutoir à sa volonté. Sous la supervision de Priscius, qui venait lui-même régulièrement contrôler l'avancée de leur dressage, Lisa, Cénis et Elena avaient vécu sous le joug impitoyable de Sonia. En deux semaines, son seul objectif et elle y était experte, avait été de s'assurer de leur obéissance à toutes les trois. Les simulacres de noyade, les coups de fouet, les chantages à la docilité s'étaient enchaînés avec des leçons répétées jusqu'à l'épuisement, aussi simples qu'elles pouvaient être terribles et humiliantes pour briser chez les trois jeunes femmes toute velléité de rébellion.

Le plus dur était que le traitement n'était rien moins qu'animalisant. Toujours intégralement nues, sauf leur collier et le linci en symbiose sur leur cuisse, elles avaient dû apprendre à supplier et ramper pour avoir le droit de manger, de boire, de simplement pouvoir sortir de leur cage et respirer un peu d'air. Ces derniers jours, elles avaient été forcées de quémander le moindre privilège en suppliant, le front touchant le sol aux pieds de Sonia. Priscius, fort satisfait, les avait à son tour mises à l'épreuve, les faisant supplier pour leur repas. Il les avait obligées à manger dans sa main, en se laissant flatter et caresser sans protester. Elena, pourtant la plus farouchement obstinée du trio, avait fini par craquer plusieurs fois et fondre en larmes. Après de précédentes tentatives pour se jeter haineusement sur Sonia et lui faire payer ses tortures, même la plus rebelle et farouche des trois captives n'avait plus la force de se rebiffer. Quant à Cénis, elle avait perdu, sous les cruautés joueuses et perverses de Sonia, toute sa noblesse d'aristocrate ; elle était réduite, comme ses deux consœurs, à devoir accepter d'être traitée comme un animal. Seule Lisa n'avait jamais tenté réellement de résister, sauf par son mutisme passif et prostré d'où Sonia la sortait avec rudesse et violence ; c'est pourtant avec elle que fonctionnait le mieux cette étape du dressage. C'est aussi elle que Sonia employait comme levier pour ses chantages affectifs, abusant de cet outil pour que chacune des trois captives en arrive à s'efforcer par elle-même d'obéir et se soumettre, afin d'épargner aux deux autres les sévices qu'elle inventait ; en matière de tortures et d'avilissements, l'éducatrice n'était jamais à bout d'idées. Sa seule limite était de ne pas les abîmer physiquement ; tout du moins, pas trop et en évitant tout ce qui pourrait laisser des cicatrices. Il était rare que les jeunes femmes n'aient pas sur le dos et les fesses rougies et striées par le fouet plat, mais Sonia n'employait plus l'aiguillon et prenait garde désormais à s'assurer que Lisa soit tenue loin du loss-métal.

Jusqu'ici, le conditionnement sexuel et les premiers cours de l'éducation des esclaves selon les règles du Haut-Art n'avaient pas réellement commencés ; à peine les trois captives avaient-elles été mises en contact avec les hommes de la Maison, principalement Priscius, puisque le seul autre était l'assistant chargé uniquement de maltraiter les captives, et de les stresser. Mais si Cénis et Elena acceptaient, bien que sous la contrainte, la présence de l'esclavagiste, ses contacts et sa proximité physique, c'était une catastrophe avec Lisa. Elle tremblait de terreur et se tétanisait dès qu'il la frôlait. Sa panique était si violente que Priscius avait renoncé à insister, mais lourdement rappelé à Sonia qu'il attendait d'elle une réussite parfaite pour régler ce problème, puisqu'apparemment il y avait un client qui souhaitait l'acheter.

Il ne restait plus à cette heure dans les bains que Sonia et Lisa, toujours à genoux, tremblante. L'accès aux bains et par conséquent au précieux privilège de pouvoir se laver, était ritualisé et, comme tout le reste, dépendait de leur parfaite obéissance et de leur docilité. Pour le troisième jour consécutif, Lisa, comme les deux autres captives, avait dû passer pratiquement la journée à genoux, répétant sans cesse, les yeux bandés : " je suis une esclave " ; et pour Lisa et Elena, dans leur langue natale. Ce n'était rien moins qu'un conditionnement inlassablement mené jusqu'à l'épuisement, l'éducatrice et sa nouvelle assistante se relayant pour punir du fouet toute faiblesse ou hésitation et pousser les jeunes femmes aux limites de leurs forces. Lisa avait fini hagarde et abrutie, la voix enrouée, comme les deux autres ; mais elle avait gagné le droit de profiter du bain, bien que toujours aveugle, comme ses deux consoeurs.

Les Chants de Loss, Livre 1 : ArmanthLisez cette histoire GRATUITEMENT !